Escapade regeneratrice pendant 2 jours dans le village de Ali.
Petites routes de campagne au milieu des champs de canne a sucre ou de coton, des charettes remplies a bloc tirees par des anes, des canaux d'irrigation, des champs a perte de vue avec de temps en temps un palmier geant... et la brume qui nappe le tout.
70% de la population pakistanaise vient des villages et travaille ou possede une ferme. C'est le cas de Ali qui vit a Lahore mais qui a passe toute son enfance a Rehmatwala et Shergarh, son village et celui d'ou sa mere est orignaire.
Depuis le toit, nous voyons tout le village et au loin les tentes du camp de gitans, qui vit dans le village pendant la saison de la cueillette. Nous leur demandons comment son percu les gypsys au Pakistan. On nous repond que la plupart du temps, ils ne sont meme pas acceptes dans les villages. Leurs moeurs sont bien trop eloignes de ceux de la rigide societe pakistanaise. Les gitans ne pratiquent pas le mariage arrange mais "le mariage d'amour", les femmes travaillent comme les hommes et sont autorisees a sortir. Et souvent, ils volent les biens des villageois... Bien trop etrange pour les pakistanais bien ranges.
Mais l'oncle d'Ali connait ce camp de gitans. De pere en fils, ils maintiennent de bnnes relations et se font confiance. L'oncle les laisse donc rester au village. Je demande s'ils jouent de la musique parfois. Il me dit que oui, tambour et chansons, et qu'il va nous arranger un petit programme pour la veillee de ce soir. Nous attendons avec impatience...
On nous installe au mileu du salon sur le fauteuil pachas, les autres sont sur des fauteuils autour de nous et les 40 gitans forment une grande assemblee assise par-terre et sur les 2 escaliers en face de nous. Mais qui fait reelement le spectacle, eux ou nous? Tous nous regardent avec de grand yeux etonnes, entre copains, ca rigole en faisant des messes basses en nous regardant, on nous prend en photo avec des telephones portables... Ils n'ont jamais vu de touristes etrangers...
Il y a des mouches partout, aussi sur les visages des enfants qui dorment, sur leur nez, leur bouche et leurs yeux...
Ensuite c'est visite du camp de gitans au bout du village.
Ali nous raconte qu'il y a quelques temps le gouvernement offrait 200 roupies par mois aux familles dont les enfants allaient bien a l'ecole tous les jours, pour les dedommager de ce que l'enfnat pourrait fournir comme travail au lieu d'aller a l'ecole. Aujourd'hui, le gouvernement ne le fait plus mais le village de Ali a perpetue cette aide.
Nous rencontrons donc Amina a Lahore. Elle a monté sa boite d'assistance aux dossiers de demande d'immigration, de visas. (Nous trouvons ca plutot normal, enfin, bien quoi, mais on se rendra compte par la suite qu'elle est un cas tres minoritaire dans la societe pakistanaise...) Elle vit avec sa mère, son frère, sa belle soeur et ses neveux de 7 et 9 ans. Ils sont a l'ecole bilingue d'anglais et parlent a merveille. Nous passons beaucoup de temps avec eux, a discuter, a jouer... On leur apprend le takhtenard iranien... On joue aussi avec le micro, ils sont morts de rire a s'enregistrer et a s'ecouter apres...
Amina travaille la journee, ce qui nous permet d'explorer tranquillement cette grande inconnue qu'est pour l'instant Lahore.
Premier Rickshaw, premier choque de pollution. C'est tout simplement irrespirable, les pauvres chauffeurs qui passent leurs journées sur la route ne doivent pas vivrent bien vieux, on les voit souvent avec un petit mouchoir sur le nez ou un masque de chirurgien, bien derisoire...
Nous visitons le Fort de Lahore et la mosquée rouge (Bachahi Mosque), un havre de paix au milieu de cette ville agitée. Tout est nouveau pour nous, et tout ressemble tellement a cette image que l'on a de l'Inde. Les tenues vestimentaires des femmes, toutes plus belles et plus colorees les unes que les autres, les cheveux parfois decouverts (enfin, la liberte!!!), des perruches ou perroquets volent dans le parc du fort, une hamburger coute 40 roupies (40cts d'euro...), bref, le paradis!
Nous allons aussi decouvrir que Lahore est une ville de musique. Au hasard de nos promenades dans la vieille ville, nous entendons le son d'une clarinette, on monte voir ce qui se passe. Un professeur de clarinette enseigne la trompette a son eleve. On ose a peine passer notre bout du nez par la prote que nous sommes accueilli a bras ouverts! Entrez! Asseyez-vous! Que voulez-vous boire?
Ils nous branchent sur un concert de musique sufi qui a lieu le jour meme. Nous arrivons juste a temps pour entendre les 2 dernieres chansons. Harmonium a soufflet que l'on doit ouvrir et fermer, tablas (magnifique tablas, quel talent!), violon, voix et claquement de main.
Un gout de trop peu... mais quel bonheur pour les oreilles! Ce style de musique est appele ici qawwali.
Dans la rue, nous nous arretons a un magasin de musique ou le vendeur nous fait une demo de tabla. Ce sont de petites percus, une un peu plus grosse que j'autre sert de basse. La main droite est posee sur la peau de la percu basse. Les doigts frappent la peau tandis que la paume de la main remonte sur la peau pour donner ce son qui passe du grave a l'aigu. La main gauche ne se sert que de ses doigts pour frapper la peau de l'autre percu et creer le rythme aigu.
Nous decouvrons aussi un autre style de musique: le dhol. Au depart le dhol est une grosse percu a 2 cotes, jouee d'un cote par une baguette qui claque la peau et de l'autre par un gros baton qui cogne la peau de dhol. Tous les jeudis soirs, au Shrine de Shah Kamal (mausolee de Shah Kamal, saint sufi), les derviches sufi tournent au son des tambours et entrent en transe en tournant leurs tetes le plus vite qu'ils le peuvent.
La performance est impressionante. On dirait parfois qu'ils n'ont plus de tete. Chacun bouge au son de la musique comme il l'entant. C'est un joyeux bordel mais tous sont tellement plonges dans l'extase spirituelle qu'ils inspirent un profond respect.
Les joueurs de tambours sont consideres commes des demi-dieux. On vient leur eponger le front regulierement, chacun y va avec son foulard... on leur met des collier de fleurs parfumees, on leur jette des billets... Un peu plus loin, sous une tente, une fumee epaisse, emanation de hashish, se degage abondament... ca fume pour favoriser la transe... Nous restons 4 h a observer les danseurs fous. Petite anecdote, lorsque le chanteur au milieu de tous les danseurs en transe, entre 2 couplets, decroche son telephone portable et commence un conversation. Il racroche et entame le 3eme couplet! Pas mal du tout!
Nous nous rendons aussi a un autre shrine ou on joue du qawwali, dans le sous sol de la mosquee. Ca ressemble un peu a une cantine d'ecole immense avec simplement une scene pour les musiciens. L'acoustique est horrible, ca resonne de partout, les micros sont regles au max et saturent quand les chanteurs font leurs vocalises... c'est insupportable.
Mais les gens sont la pour prier au son de la musique. Je suis d'ailleurs la seule femme de l'assemblee et nous sommes tres peu d'etrangers. Tout le monde ecoute en priant sur la musique. Certains pleurent, certains ferment les yeux et recitent leur priere en egrainant perle par perle leur chapelet (connait pas le nom pakistanais, mais ca doit pas etre ca...).
Un bonhomme au milieu passe avec un gericane sous pression sur le dos (ceux qui sont normalemnt utilises pour mettre du desherbant dans le jardin) contenant de l'eau parfumee et nous arrose. Ca nous fait beaucoup rire... D'autres passent regulierement dans les rangs pour recolter l'argent que l'on donne aux musiciens. En effet, les musiciens sont payes de cette facon et c'est considere tres impoli de donner de l'argent apres la performance. Ca veut dire qu'on a pas aimer du tout. Il faut donc donner pendant la chanson que l'on aime et pour plusieurs chansons, c'est encore mieux. Ici, tout est en billet. Il y a donc un sacre paquet de billets brasse par ces messieurs.
Et quand vient la fin de la peformance, on recolte tous les billets qui ot te ammasses ssur la scene et on recouvre un des bonhommes avec. Une pluie de billet lui tombe dessus, c'est l'extase... Nous, ca nous laisse un peu sans voix, nous trouvons ca meme un peu navrant... Quelle drole de relation entre la devotion spirituelle au son de la musique et l'adoration malsaine du dieu Argent??? Mais c'est encore un de ces gap culturel qui nourrie notre incomprehension, nous les francais avec notre rapport ambigue a l'argent... Ici, l'argent est une benediction du ciel, et la personne qui est riche a la devoir de la donner aux pauvres ou musiciens. Alors ca fait partie du jeu. Faut montrer qu'on donne et c'est bien!
Nous apprenons aussi qu'une controverse est en train de pointer son nez dans la religion musulmane, la musique est-elle autorisee ou pas par le Coran? Les plus extremistes voient le sufisme d'un tres mauvais oeil... Il semblerait, d'apres les textes que seul la voix est autorisee a faire de la musique, voir meme peut etre un tambourin, et encore... (affligeant!)
Apres 2 nuits chez Amina nous sommes accueillis chez Ali, comme des rois! Nous arrivons dans sa modeste maison au milieu d'un quartier tranquille de Lahore. D'habitude il ne presente pas les CS (couchsurfers) a sa famille mais cette fois c'est different car nous sommes un couple.
Présentation de la famille, il vit avec ses 2 soeurs et sa mère, son père est décédé il y a 15 ans déjà. A l'étage au dessus, vivent aussi ici Kashif Rabia, leur mère et leurs frères et soeurs. Ce sont eux qui s'occupe de toutes les taches qui peuvent leur être déléguées, courses, ménage, cuisine, repassage. Même avec le temps, ca surprend toujours... Nous ne sommes vraiment pas habitues a avoir des servants et a donner des ordres. Nous ne le faisons d'ailleurs pas. Ali nous dit que c'est famille est plus progressiste que la moyenne et nous explique la longue histoire d'amitié entre les 2 mères, comment elle les a aide a s'en sortir et a venir habiter a Lahore ou les enfants peuvent aller a l'ecole. La maman d'Ali accorde d'ailleurs une importance magistrale au fait que les enfants, autant filles que garcon soient eduques. Ses 2 filles, les 2 soeurs d'Ali vont a l'universite et une d'elle est instit en art plastique. Sa maman, d'ailleurs, a fait preuve d'un grand courage, a la mort de son mari pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. C'est ainsi qu'ils sont venus habiter a Lahore et qu'elle a ouvert un petit commerce couette de lit. Les soeurs d'Ali sont toutes les deux fiancées a un de leurs cousins. Cela ne leur pose aucun problème, c'est la tradition, et l'amour passion comme on le voit dans les films n'est pas une obligation.
Il faut imaginer que la famille a une grande importance au Pakistan et que la plupart du temps la nouvelle épouse rejoindra la maison de son époux qui continuera de vivre avec ses parents et ses frères et soeurs. Ce n'est pas juste 2 personnes qui se marient mais plus 2 familles, et comme l'épouse ne travaille pas (la plupart du temps), si elle ne s'entend pas avec sa belle famille, cela peut être catastrophique. En general les 2 membres concernes sont fiances par la famille tres tot, parfois alors qu'ils sont encore enfants. Le mariage n'aura lieu que lorsque le fiance aura temine ses etudes et aura une situation stable. En attendant, les futurs epoux n'ont absolument pas le droit de communiquer. Les femmes et les hommes n'ont d'ailleurs pas le droit de communiquer en general sauf s'il s'agit d'un parent directe, Toute la societe est tres discriminee. Ce modele que je vient de decrire doit etre suivi par je pense 80% de la societe... Toute la societe est codee de regles a respecter absolument. Nous n'en connaissons que tres peu mais certaines nous parrassent incroyables. Par exemple, il est interdit de fumer devant un aine. C'est un manque de respect total. Et ce qui le font sont consideres comme progressistes. C'est un tout petit exemple parmi une foret! Nous avons d'ailleurs toujours un peu peur de mettre les pieds dans le plat par ignorance... c'est tres difficile!
Nous passons donc une 10aine de jours chez eux et nous nous sommes rarement senti aussi a l'aise chez des couchsurfers... On nous cuisine des plats succulents, mouton, chevre, poulet, curry, chapati, basmati... Un delice.
Je suis aux petits oignons avec les soeurs d'Ali, seance essayage, maquillage et henne sur les mains... j'adore la mode pakistanaise! Vincent passe aussi a la mode pakistanaise, magnifique!
Dans les rues de Lahore, nous constatons qu'il y a vraiment beaucoup d'animaux... chevres, moutons (ils ont des droles de tete avec leurs grandes oreilles...) vaches, chameaux... On comprend rapidement que Eid approche a grand pas. C'est la fete des 40 jours apres le ramadan, ou les musulmans sacrifient une bete en l'egorgant (halal) et la mangent en famille. C'est un peu notre noel en importance, mais sans les cadeaux.
Pendant 3 jours, c'est donc un traffic monumental de chevre ou autre, chacun doit avoir sa chevre a sa porte pour le jour J. On prend bien soin des betes... collier de fleurs autour du cou, teinture au henne... Certains promènent leur chèvre comme on promènerait notre chien. En plein Lahore, dans les quartiers, des sortes de campement s'organisent autour d'une dizaine d'animaux, plusieurs familles se sont assemblées pour acheter une bête et on veille autour d'un feu de bois pour surveiller le bétail.
Apres quelques jours, Ali nous propose d'aller visiter son village d'enfance a 2h de route de Lahore. Notre reve! Aller visiter un petit village de campagne avec un guide local!
En route, donc, pour 24h de train. Premiere fois de ma vie que je passe autant de temps dans un train! Escortes par la police, nous prenons place sur nos sieges, 2 bancs de 3 ou 4 places, face a face.
En face de nous, 3 jeunes de grande taille, tellement souples que leurs longues jambes sont litteralement pliees en 2 et tiennent bien sagement sur la courte banquette. Nous pouvons ainsi alonger les jambes tranquillement. Nous attendons patiement l'heure du depart prevue a 10h du matin.
Un couple arrive dans notre compartiment. La femme est habillee d'un un joli ensemble de satin orange, comme dans les bollywood. Leur famille est la pour leur dire au revoir. Ils parlent tres fort, rigolent, se disent au revoir. Le contraste est flagrant avec le reste du train constitue uniquement d'hommes, vetus tous pareils, ayant tous le meme air clame et timide sur le visage. Je suis contente de partager mon compartiment avec une femme! Rapidement nous nous lions d'amitie. Ils s'appellent Shahid et Faiza. Ils sont maries depuis 8 ans. Son mari est son cousin directe, mariage arrange. Ca nous semble etrange mais ils ont pas l'air malheureux... Ils n'ont pas d'enfant, ce qui est tres etrange apres 8 and de mariage, Nous comprenons qu'ils aimeraient vraiment en avoir... Ils ont un panier entier rempli de victuailles. Tout au long du trajet, ils vont nous offrir a manger et partager avec nous leurs recettes. Paratha, chapattis garnis, omlette-pomme de terre avec plein d'epices... Pendant tout le temps du trajet, ils nous apprennent les chiffres en Urdu. C'est pas une mince affaire... rien ne se ressemble, les 20aines, les 30aines, chaque nombre a un nom different sans logique aucune... resultat, on se sait compter que jusqu'a 10. Faiza est institutrice mais nous dit que c'est tres mal paye. Elle enseigne l'urdu aux enfants car en fait seulement 2% de la population parle Urdu de naissance. Chaque region a sa propre langue qui differe meme de villages en villages. L'Urdu est la langue officielle, il faut donc l'apprendre a l'ecole. C'est en fait la meme chose que l'hindi mais avec des nuances arabes du a la religion islamique.
L'ambiance du compartiment est sympatique. On parle tous ensemble, nos voisins d'en face rigolent bien a nous entendre prononcer les chiffres en Urdu. On partage notre nourriture, nos gateaux secs contre les succulents plats epices de nos voisins... parfois quelqu'un nous offre des dates dans un joli petit panier tresse en feuilles de palmier, des fruits pas murs qu'on ne connait pas, trempes dans du sel melange a des epices, vraiment pas tres bon (je crois que c'etait des goyaves pas mures...). Tous les gens jettent leurs ordures, sacs plastiques et autre par la fenetre. Geste que nous observons deja depuis pas mal de temps, mais qui fait toujours aussi mal au coeur... Du coup nous arretons de leur donner nos ordures quand ils nous proposent.. petit geste de sauvegarde de l'environnment, bien pietre, certe, mais c'est mieux que d'y contribuer...
Les militaires qui gardent le train, passent regulierement pour voir si tout va bien pou nous. Ils veillent sur notre securite, c'est leur devoir comme ils nous disent...
Le train est tres vieux. La plupart des fenetres ne se ferment pas et la poussiere que le train fait voler s'engouffre allegrement et nous recouvre d'une couche poisseuse. Nous jouons au takhtenard, le backgammon que nous avons achete a Shiraz. Tous le monde nous regarde intriges. Mais quand je dis tout le monde, c'est pas seulemnt nos voisins de compartiment, c'est aussi la moitie du wagon, plus les gens de dehors quand le train est arrete. En quelques minutes le jeu est recouvert de cette couche poussiereuse que nous sentons en passant notre doigt dessus.
Le train secoue beaucoup, tout tremple et vibre, bruit de metal et de machinerie vrombissante...
Nous traversons encore de grandes etendues desertiques. Nous nous arretons souvent dans de petites gares. De plus en plus, nous voyons des enfants et des femmes mendier a nos fenetres. La nuit tombe. Nous somme a une des multiples petites gares poussiereuses mais cette fois nous sommes a l'arret depuis pas mal de temps. Nous commencons a voir les gens autour de nous s'affairer dans tous les sens. Ils sortent, ils rentrent, parlent entre eux en Urdu. Finalement nous aprenons que la locomotive est en panne. Super, 24h de train c'etait un peu trop court... Au bout d'une demi-heure, notre voisin de comprtiment nous dit qu'il y en a au moins pour 2 ou 3 heures... Vraiment super! On est trop content. Finalement, on relativise et on se dit que 2ou 3 heures de plus sur 24h de train, cest peut-etre pas grand chose...
Nous attendons donc patiemment et nous observons le remue-menage dehors. Les hommes s'attroupent autour de la locomotive, chacun veut s'en meler. Au bout de quelques temps, ca commence a chauffer, certains haussent la voix, une bagarre. Des coups de feu retentissent. Nous fermons le volet qui remplasse la fenetre de notre compartiment, vraiment pas tranquilles, puis le calme revient.
Apres 2h d'attente, nous voyons une locomotive seule arriver, hourra! C'est sure, elle est pour nous! Et c'est reparti pour une longue nuit...
Tout le monde prend tellement soin de nous, on deplie les couchettes et nous sommes les premiers a en beneficier. C'est pas de refus. Mais par terre, nous voyons plein de gens allonges dans tous les sens, la tete contre la mince paroie qui vibre aux rythme des secousses du wagon.
Je suis sur la couchette la plus haute, pres du plafond. Je m'allonge. Le train me secoue dans tous les sens et fait un bruit d'enfer, je me demande s'il ne manque pas de derailler toutes les 5 min. Et si une vache etait couchee sur la voie? Et si quelqu'un traversait au mauvais moment? Et si, et si, et si... vaut mieux arreter de penser. J'ecoute les ventillateurs metaliques vibrer bruyament. Il ne fait pas tres chaud mais nos sacs de couchage suffisent a nous reconforter. J'imagine l'inspportable chaleur de l'ete dans ce train infernale vers Lahore au mois de juin, juillet.. Nous sommes finalement bien tombes!
Regulierement, des vendeurs de tout et de n'importe quoi passent dans notre wagon, surtout quand nous sommes a l'arret, meme en plein milieu de la nuit, ca fourmille dehors et dedans. Chay, biskit, askrim, bonbons, chapeaux, couvertures... Chacun a sa propre facon de scander sa marchandise.
3h du mat, pause de 1/2 heure dans une gare pommee. Effervescence sur le quai, defle de marchands qui nous empechent de dormir...
Le lendemain matin, je suis reveille par la conversation d'en dessous. Vincent se fait manger le cerveau par un des militaires qui vient specialement veiller sur nous. Des qu'il ouvre les yeux, il voit ce militaire qui le regarde fixement et qui lui sourit avec sa mitraillette a la main. Forcement, ca donne pas envie de faire la grasse mat. Il commence a le questionner et a parler sur plein de sujets politiques, sur la liberte, sur son devoir de militaire... Fort sympatique, mais difficile au reveil pres une courte nuit par intermittence.
Nous discuttons toute la matinee, souvent nous lui rapellons qu'il a sa mitraillette pointee sur nous et que nous n'aimons pas vraiment... d'un air gene, sous les yeux de sons chefs, il lui change de cote.
Dehors, tout est different de la veille. C'est vert, plein d'arbres et de plantes. Une brume epaisse enveloppe le paysage. Nous traversons pleins de petits villages, puis des villes, ou plutot des bidons villes. Murs en boue, des vaches, des chevres, des enfants, tous ensemble qui jouent et qui pataugent dans la boue et dans les dechets.
Du linge a secher sur des tas de paille, des charettes, des gamins les cheveux ebourriffes... toute leur vie qui s'anime et qui defile devant nos yeux au rythme de notre train. Nous commencons vraiment a entrer dans ce genre de paysage trop loin de ce que nous connaisons et trop rempli de vie et de details fous qu'il nous est impossible d'en faire la description. Mais vraiment, imaginez-vous le cliche de l'asie pauvre, les reportages de national geographic ou de arte, enfin tout ce que votre imaginaire a emmagazine pour vous figurer ce paysage...
Finalement, apres 28h de train, nous arrivons en gare de Lahore. Un peu abasourdis, nous sortons dans la rue avec nos gros sacs, nous marchandons pour un rickshaw et nous nous dirigeons vers chez Amina, notre couchsurfeuse. UNE couchsurfeuse, eh oui! Et pas n'importe laquelle, c'est l'ambassadrice couchsurfing du Pakistan! La classe!
12h de bus de Bandar Abbas sur le golf persique jusque Zahedan, arrivée a 5h du mat. La ruee des taxis, cette plus violente que toutes celles qu'on a vu auparavent. Ils crient, nous agrippent, nous tirent les vetements... Vincent est oblige de crier pour qu'ils se calment...
Traversee de 80km de désert au levé du soleil pour rejoindre la frontière, les montagnes au loin nous laissent deviner le Pakistan et le petit noeud dans l'estomac a l'idee de traverser le Balouchistan se fait plus tenace. On en profite pour apprendre quelques mots d'Urdu avec le chauffeur de taxi et les autres passagers avec la bonne surprise qu'ils ressemblent beaucoup au farci. On rigole bien!
Les postes militaires se font de plus en plus frequents...
Notre guide disait que la frontière ouvrait a 7h00 du mat.. sauf qu'on est vendredi (le dimanche iranien) : 2h d'attente!!!! devant une grille a moitie fermée par une chaine trop large, comme si c'etait fait expres, qu'un tas de gens franchissent avec des tonnes de paquets. On se demandait si c'était si simple de traverser la frontière, en fait ils allaient attendre 500m plus loin devant le poste de douane.
Traitement préférentiel pour les etrangers (c'est pas comme en France...), on passe devant tout le monde. 2-3 contrôles de passeport de chaque cote de la frontière et nous voila au Pakistan il est 9h30.
Changement de décor, ça ressemble plus a l'Inde ici. D'après ce qu'on nous a dit il y a un bus a 10h, il faut qu'on se dépêche. On prend un taxi histoire de gagner du temps et la on réalise : 1h30 de décalage horaire, on dirait qu'on a loupé le bus de 10h!!!!
Bonne nouvelle, il y en a un autre a 12h, on arrivera un peu tard a Quetta mais pas trop le choix, Taftan la ville a la frontière, ne donne pas trop envie de s'éterniser...
En quelques heures, nous sommes passes du kitch iranien au kitch Indo-pakistanai, la deco de notre bus est grandiose et il a 5-6 klaxonnes différents, aussi forts les uns que les autres.
Avant le départ il s'amuse a faire des tours de rond-point en klaxonnant !!
Les gens sont sympas,accueillants, ils nous font des sourires et ils sont plus nombreux a parler un peu anglais, ce qui est très appréciable.
Nous voila reparti pour 10h-12h de bus!!! Ça secoue dans ce bus, il semblerait que le chauffeur se croit au volant d'un 4x4 et soit presse d'arriver. La musique change, après la pop iranienne, voici la pop indienne et je suis bien placé pour l'entendre vu qu'il y a un haut parleur juste a cote de mon oreille et que le chauffeur aime mettre la musique très forte. Quand on a vraiment besoin de dormir, peu importe les conditions, on dort.
Le paysage est magnifique, étendue désertique jusque l'horizon, des montagnes et des dunes de sable ou de rocaille. Quelques barrages militaires avec sac de sable en guise de barricade, ca ressemble tellement a un pays en guerre. A chaque oasis que l'on croise, quelques palmiers, quelques maisons et quelques militaires qui systématiquement montent dans le bus et contrôlent les papiers de tout le monde mais les notres avec plus d'attention. Tant qu'ils montaient dans le bus ça allait encore, mais maintenant il nous font sortir, il fait nuit et c'est carrément glauque de se retrouver dans une tente militaire, eclaires a la torche, a remplir un formulaire (nom,nationalité, No passeport...) On remonte vite dans le bus.
Il est maintenant 10h du soir, il fait froid, nouveau contrôle. Ces militaires, en plus de nous faire remplir un formulaire, ont l'air embêtés et ne veulent pas nous rendre nos passeports. Ils passent des coups de téléphone, on comprend rien. Heureusement une personne du bus est venu voir ce qui se passait, ça nous rassure un peu. On comprend toujours rien et on nous jette des regards gênés. Il est évident que nous sommes en présence de militaires qui veillent a notre sécurité mais nous ne sommes pas rassures du tout et nous n'avons aucune envie de nous éterniser dans ce bled perdu. Après 15min et un nouveau coup de téléphone on remonte dans le bus, ouff! On pense que ces militaires trop zélés se sont étonnés de ne pas avoir été prévenu de notre arrivee et qu'il n'y ait pas d'escorte avec nous. Vu l'heure tardive, ils ont peu être abandonné l'idée de nous en trouver une, mais tout ça n'est qu'hypothétique vu qu'on a rien compris.
Une heure plus tard nous arrivons a Quetta, premier rickshaw.
Dernier doute, l'hotel aura-t-il bien reserve notre chambre, est-ce qu'on sera saint et sauf pour dormir cette nuit a l'abris?
Oui! Avec en guise une bonne biere fraiche, comme on n'en a pas vue depuis longtemps!
Nous nous sommes levé tôt ce matin pour essayer de prendre un train, mais après avoir fait 10 guichets différents il etait trop tard pour partir aujourd'hui, ce sera donc demain que nous prendrons ce train de 24 heures ( sans couchette) qui nous amènera a Lahore, a moins de 50 km de notre destination : l'Inde
Nous sommes toujours vivant, nous ne faisions pas nos courses dans ce bazar de Lahore lorsque les bombes ont explosees.
Tres bientot en ligne le recit de nos aventures au Pakistan.
A bientot.
Apres une nuit presque blanche dans un bus inconfortable soufflant de l'air a 60 degres a nos pieds, mais qui a au moins l'avantage de nous offrir le spectacle du lever du soleil sur les montagnes qui surplombent l'etendue desertique, nous debarquons au terminal de Bandar Abbas. L'air deja chaud et sature d'humidite frappe des les premiers instants. Nous faisons bravement face a la horde de taxis (toujours la meme...) malgre les yeux qui piquent de sommeil, nous leur lancons fermement des "merci, khodafes". Nous nous rendons a l'hotel que nous avions appele 2 jours plus tot pour reserver une chambre (Tous les autres hotels etant pleins... phenomene curieux de Bandar Abbas...). Nous sommes accompagnes de Janeth, courageuse voyageuse solitaire sexagenaire d'Australie. Sans grand etonnement, le receptioniste nous dit que l'hotel est complet (notre reservation n'a pas ete prise en compte). Finalement, il reussit a nous trouver une chambre, mais Janeth est moins chanceuse... pas grave , elle dormira avec nous!
Apres avoir recupere quelques heures de sommeil, nous sortons finalement explorer les alentours. Le changement est radical. La chaleur humide nous tombe sur les epaules et rend la promenade plus laborieuse... moi, avec mes manches longues et mon foulard, je suffoque presque (le tropique du cancer se rapproche!). Les regards sur nous se font tres lourds et insistants. La sympathie bienfaisante que nous pouvions y deceler dans les villes precedentes fait place a une profonde curiosite melee certainement d'une totale incomprehension quand a notre physionomie...
Bandar Abbas est une ville de mixite, nous rencontrons toute sorte de facies, africains, arabes, indiens, pakistanais... Promenade a la plage, chantier de bateau de pecheurs, plage decharge, bord de mer en beton, peinture ecaillee bleu et jaune, boulevard de bord de mer dont les camions soulevent la poussiere qui recouvre les feuilles des palmiers qui le longent, concours de klaxone et vrombissement des moteurs.
Promenade dans le bazaar, tout est plus fou, bruit, couleur, odeurs, mouvement... Notre premier constat se porte sur les tenues vestimentaires. Les hommes sonttous habilles de la meme facon, pantalon larges et bouffants, chemise longue jusqu'aux genoux avec parfois un kefie ou un turban enroule sur latete. Les chaddors plus colores, parfois transparents barioles de fleurs egayent un peu la gente femininequi jusque la se cantonnait largement au noir.Les femmes portent aussi le pantalon taditionnel serre aux chevilles par de belles boutonnieres brodees de fils d'or et de couleurs. A l'oppose, nous rencontrons aussi les premieres bourka et des chaddors avec voile voir ne laissant apparaitre que les yeux.
Certaines portent des masques pour cacher leur visage. Parfois en forme des masques de la comedia del arte, en cuir noir rigide, parfois en tissus colore... leur donnant un air mysterieusement dramatique, on se demande ce qu'elles cachent derriere... des frissons dans le dos!
Tout ceci, plus les regards noirs qui nous sont portes nous rendent la ville plutot antipathique, meme si la volonte des gens a nous venir en aide des qu'on demande notre chemin reste une constante, nous nous sentons quand meme tres mal a l'aise sous cette atmosphere etouffante. Et la question de la place des femmes, le fait qu'elles appartiennent aux hommes commes des machines a procreer resonne dans ma tete et commence a m'assomer vraiment. Il est peut-etre temps pour nous de sortir d'Iran et de garder en memoire les dizaines de rencontres, de sourires et la generosite debordante du coeur des iraniens.
De retour au terminal de Bandar Abbas, nous nous appretons a grimper dans le bus pour 12 heures de trajet vers Zahedan. La region de Zahedan n'etant pas tres sure, c'est le debut du Balouchistan iranien ou les idependantistes balouches terrorisent les back-packers occidentaux... nous ne voulons pas rester trop longtemps a Zahedan... Le programme des jours a venir est donc:
12h de bus vers Zahedan, arrivee a 5h du mat
1h taxi vers la frontiere pakistanaise
passage de frontiere
12h de bus vers Quetta (sortir du Balouchistan au plus vite!), arrivee a Quetta vers 11h du soir
24h de train vers Lahore...
Un coup de coeur que nous a fait decourvrir Mohammad de Tabri: Mohsen Namjou, chanteur iranien engage, vivant hors du pays afin d'ecrire ses chansons sans en securite...
Si vous aimez, pleins de videos sur lui sur You Tube.
Bientot 10000 visites a notre blog depuis le 10/10 !!! Whaou! Quel succes!
Merci a tout le monde de nous lire, c'est du boulot mais on tient bon!
Alors qui sera le 10000eme? On lui enverra une petite carte du Pakistan (si on arrive a en trouver,ca parait complique) imprim-ecran a l'appui ;o)